Accaparement des terres dans les Niayes

Conscients des risques qui pèsent leurs activités de base, les acteurs qui s’investissent dans l’exploitation agricole et pastorale dans la zone des Niayes se sont retrouvés à Mboro pour accorder leur violon.
« Les études que nous avons réalisées montrent que la zone maraîchère des Niayes perd au moins soixante hectares de terre à usage agricole par an au profit de l’habitation, des résidences privées et de l’industrie et ceci au détriment des activités de base des agriculteurs ». La révélation est de l’expert foncier Kader Fanta Ngom qui faisait l’état des lieux de cette zone hautement stratégique dans le développement de l’activité maraîchère et horticole du Sénégal. C’était à l’occasion d’un conclave de deux jours que la fédération nationale pour l’agriculture biologique, Fenab, et ses partenaires ont tenu ce week-end dans la commune de Mboro. Une rencontre qui s’est voulue un moment d’échanges et de réflexion, selon Doudou Diop président de la Fenab, sur leur lendemain par rapport à leurs activités de base et le foncier. Et à terme, dit-il, les conclusions devront leur permettre de s’entendre sur des propositions de mesures et des orientations à porter au niveau des décideurs relativement la prochaine réforme foncière. Pour dire, estime-t-il, toute la pertinence de ce dit conclave qui se tient dans un contexte particulier fait d’une importante ruée vers les terres, d’une démographie galopante avec son corolaire d’urbanisation à outrance mais aussi et surtout de l’arrivée d’investisseurs étrangers. Une situation dans laquelle le seul perdant ne peut, de toute évidence, être que le paysan.
Pour l’expert foncier, Kader Fanta Ngom, le conclave de Mboro est d’autant pertinent que l’on assiste, depuis quelque temps à l’arrivée en masse d’investisseurs nationaux comme étrangers qui s’investissent sur les terres à usage agricole. Un phénomène qui, malheureusement, bénéficie de l’appui des pouvoirs étatiques qui n’ont, peut-être, pas compris que, dans le cadre de la mise en valeurs des terres, il n’ y a pas seulement que l’agriculture avec un petit « a ». Car, au-delà de celle-ci, il y a aussi de vastes zones de pâturage qui quotidiennement sont mises en valeur par les pasteurs. « C’est la non prise en compte de cette dimension qui est souvent préjudiciable aux agriculteurs qui assistent impuissants à une réduction drastique de leur zone d’activité au profit des investisseurs privés qui s’engouffrent dans la porte ouverte par l’Etat pour s’accaparer des terres ». A ce titre, fait-il savoir, le décret sénégalais en la matière est assez éloquent quant à la politique de l’Etat. « Ce qui est clairement matérialisé, dans ce dit décret portant création de la commission nationale de la réforme foncière, est que les populations locales, n’ayant pas assez de moyens pour exploiter les terres mises à leur disposition, il faut ouvrir la porte à d’autres acteurs qui ont des moyens propres pour les mettre en valeurs. Et de ceux-là, il y a les investisseurs privés sénégalais comme étrangers ». Toute ouverture poursuit-il, qui ne tient pas compte des facilités qui leur sont accordées en termes douanières, fiscales, réglementaires du point de vue du droit du travail mais aussi sur l’exportation des produits récoltés. Aussi se pose, à juste titre, la question de savoir si le paysan sénégalais peut se retrouver dans ce schéma qui a tendance à le réduire au statut de simple ouvrier agricole sur ses propres terres.
L’occasion a aussi été pour l’expert foncier de soulever la question du domaine public maritime. Une question assez complexe en ce sens qu’elle comprend un principe et des exceptions. Pour dire, explique-t-il, que le domaine public maritime, comme son nom l’indique, relève du domaine publique et donc mis à la disposition de tous les citoyens et il est inaliénable. Mais, à côté de ce principe, il y a des exceptions qui permettent à l’Etat d’autoriser des occupations à un privé et même déclasser un domaine public et le verser dans son domaine privé pour pouvoir le mettre à la disposition des usagers. Pour dire, une brèche largement ouverte qui explique la prolifération des occupations dans l’espace maritime avec comme conséquence le fait, à certains endroits, qu’il est même devenu impossible aux riverains d’avoir une vue sur la mer. « Il y a une quinzaine de jours, nous étions à Ndayane. Les pêcheurs avec même des problèmes des problèmes pour accoster leurs pirogues
Car partout sur le long de cette plage où ils veulent accoster, ils sont sur la façade d’une résidence privée ». Toutes questions, entre autres, qui justifient cette rencontre des acteurs réunis autour de la Fenab. Des acteurs qui ont compris tout le danger qu’il y a de vouloir simplement se focaliser sur le foncier à usage agricole et pastoral et de laisser pour compte celui à usage pêche qui connaît aujourd’hui une certaine anarchie dans son occupation. Une occupation qui porte préjudice aux activités de pêche.
Sidy Dieng

Pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *